Je t’aime ma douce école

Je t’aime ma douce école !
Que tu es belle,
Pour la rentrée nouvelle.
A la blanche étoile,
Ton mur repeint s’éclaire.
Le maçon de sa truelle,
A refait ton sol
Que mille et mille
Petits pieds avaient usé.
Ô ma douce école,
Que tu es belle… !
Je t’aime.

E. Mabassi

Afrique mon Afrique

Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t’ai jamais connue.

Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de l’esclavage
L’esclavage de tes enfants.

Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l’humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi.

Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs
Blanches et fanées.

C’est L’Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L’amère saveur de la liberté.

David Diop

A ma mère

Femme noire, femme africaine,
ô toi ma mère je pense à toi…

O Dâman, ô ma mère,
toi qui me portas sur le dos,
toi qui m’allaitas,
toi qui gouvernas mes premiers pas,
toi qui la première m’ouvris les yeux
aux prodiges de la terre, je pense à toi…

Femme des champs, femme des rivières, femme du grand fleuve,
ô toi, ma mère, je pense à toi…

O toi Dâman, ô ma mère,
toi qui essuyais mes larmes,
toi qui me réjouissais le coeur,
toi qui, patiemment supportais mes caprices,
comme j’aimerais encore être près de toi,
être enfant près de toi…

O Dâman,
Dâman de la grande famille des forgerons,
ma pensée toujours se tourne vers toi,
la tienne à chaque pas m’accompagne,
ô Dâman, ma mère,
comme j’aimerais encore être dans ta chaleur,
être enfant près de toi…

Femme noire, femme africaine,
ô toi, ma mère, merci ;
merci pour tout ce que tu fis pour moi,
ton fils, si loin, si près de toi !

Camara Laye (L’Enfant noir)